Il y a deux semaines, je vous parlais de l’importance qu’avait eue dans mon processus d’écriture la lecture de manuscrits. Cette semaine, je voudrais vous parler de ce qui a modifié ma manière de percevoir l’écriture : l’intention. Quand on commence un roman, souvent, on écrit pour raconter une histoire. Elle peut être intime, car vécue. Mais aussi de pure fiction pour se fondre dans un genre qui nous plaît ou nous transporte. Parfois, l’histoire se situe entre la fiction et le réel. On part d’un événement vécu pour le transformer en fiction. Mais quid de ce que l’histoire dit de nous et du monde ? Pour mes premiers textes, je ne me posais pas la question. J’écrivais (juste) une histoire.
Définir son intention
Mon premier recueil de nouvelles était un désir de raconter Paris. Mon premier roman se portait surtout sur l’envie de raconter une histoire d’amour, toujours en mettant en scène (encore) Paris. Quant à mon deuxième roman, je voulais me plonger dans l’esprit d’un homme pour comprendre comment et pourquoi on en arrive à plagier. Avec du recul, je sais que je n’ai commencé à déterminer un début d’intention que lors de ce deuxième roman. L’intention, c’est cette volonté de creuser une question qui nous taraude.
Vous avez un personnage. Vous avez une idée d’histoire. Un ou plusieurs genres vont émerger. Une thématique aussi. Avec tout ça, vous avez déjà fait une sacrée partie du chemin. Néanmoins, quelle est votre intention ? Que voulez-vous dire avec cette histoire ? Quel angle allez-vous creuser ? Que dit cette histoire de vous ? Pourquoi avez-vous envie de la raconter ? Y a-t-il une question morale que vous pourriez creuser pour nous dire quelque chose de l’humain ou du monde ? Toutes ces questions, je ne me les posais pas. J’écrivais au fil de la plume, avec une image de début, une vague image de la fin.
Se poser des questions & torturer son idée
L’importance de l’intention, je ne l’ai comprise que lors de mes années de recherche sur l’écriture. J’ai alors commencé à la poser, quand je me suis mise à accompagner des auteurs en cours d’écriture de leur roman. Et ça change tout ! Questionner l’histoire qu’on a en tête est l’une des manières de trouver un angle, un enjeu moral, tout un sous-texte à votre histoire, et donc une intention.
Je vais tenter d’être plus claire : vous voulez raconter une histoire d’amour. Soit. Ça a déjà été écrit. Ça n’est pas un problème. En revanche, n’écoutez pas cette petite voix qui dit aux primo-romanciers : « Votre singularité vous permettra de vous démarquer. » C’est à la fois vrai et faux. Cette petite phrase deviendra juste, uniquement si vous questionnez votre désir d’écrire cette histoire. Qu’allez-vous chercher dans la mise en relation entre les personnages et l’histoire qui se dessinent devant vous ? Quelle est votre volonté narrative en racontant cette histoire ? Que voulez-vous nous dire ? Nous raconter ? Nous montrer, qui n’aurait pas encore été mis en valeur de cette manière-là ? Alors, là, oui, vous trouverez cette fameuse singularité.
Vous entendrez parfois en interview des auteurs dire : « Je n’ai compris ce que je voulais dire qu’au moment où j’ai terminé le manuscrit. » Ça arrive parfois, oui. Néanmoins, si vous commencez en sachant ce que vous voulez dire, vous gagnerez du temps. Car, si le miracle n’arrive pas en fin d’écriture, vous serez bien embêté. Lorsque les maisons d’édition demandent une note d’intention, elles ne vous demandent pas de résumer votre histoire, mais bien de vous poser ces questions (et d’y répondre). C’est la raison pour laquelle il est parfois si difficile pour les primo-romanciers en recherche d’un éditeur, de l’écrire cette fameuse note d’intention. Alors tentez de décrypter votre intention avant d’écrire votre roman… D’ici là, écrivez bien. Et si vous voulez que je vous accompagne d’une manière ou d’une autre, on peut se retrouver par ici, pour un cours, un atelier d’écriture, une lecture de votre manuscrit, ou un accompagnement personnalisé autour de votre projet de roman :
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