Dans les carnets de Charlotte Milandri

Dans les carnets de Charlotte Milandri

Cette semaine, le Journal d’Albion vous propose d’entrer dans les carnets de Charlotte Milandri, fondatrice des 68 premières fois, responsable juridique d’une association d’aide aux accidentés de la vie, maman de deux enfants, mais aussi “chercheuse de sens”. 

Sur ton blog, L’Insatiable, quand on tape « carnet » dans la barre de recherche, on tombe sur plein d’articles sur le sujet. Serais-tu une amoureuse des carnets ? 

Une amoureuse totalement accro et parfaitement déraisonnable, une vraie amoureuse quoi. J’ai un rapport névrotique aux carnets. Dans mon armoire, j’ai une centaine (pour être honnête plutôt deux centaines) de carnets vierges (je n’ose pas aller les compter de peur d’en dénombrer davantage.) J’ai l’impression que chaque carnet est l’ouverture d’un possible, qu’il est au moment de son achat celui qui m’appelle. Mon rapport au livre est un peu similaire, il y a une différence entre le moment d’achat d’un livre et sa lecture. J’ai aussi davantage de livres non lus que de livres lus (j’en garde peu). 

Quand utilises-tu tes carnets ? Et combien en as-tu en cours ?

Je les utilise pour tout, tout le temps. Tous mes carnets sont en cours en réalité, car je laisse toujours quelques pages libres à la fin (névrotique, j’avais prévenu !), je suis incapable d’utiliser un carnet en intégralité. Et chaque carnet répond à une humeur, une question, un projet. J’en ai toujours au moins trois dans mon sac, des plus gros sur mon bureau dans lesquels je glisse des essentiels. Je recopie même parfois certaines choses dans deux carnets. Certains débordent de papiers glissés dedans, d’autres semblent plus lisses, en apparence. Je prends souvent la résolution d’arrêter d’en acheter, et puis non, c’est à cela que servent les résolutions, à les transgresser. 

Quelle est la vie de tes carnets, les emmènes-tu partout avec toi ?

Tous n’ont pas la même vie. Certains sont enfouis au dernier étage d’un placard, je n’ose même pas en franchir à nouveau la couverture. D’autres ne sont jamais loin. Certains parfois finissent au recyclage quand il ne contenait rien d’important, il faut savoir se délester parfois. En revanche, j’ai toujours, toujours, un carnet a minima dans n’importe quel sac, même mon sac de piscine (il faut que je consulte, je sais !)

Les carnets de Charlotte Milandri
Les carnets de Charlotte Milandri / ©Charlotte Milandri
As-tu des rituels d’écriture ?

J’ai un rapport très particulier à l’écriture manuscrite. Comme si elle obligeait davantage que l’ordinateur. Je peux envoyer un mail pour un rien, dès lors que c’est une carte, je crois que les mots pèsent plus lourds, qu’il faut les manier avec précaution. Pour les carnets c’est pareil, tout est condensé dedans, comme s’il ne devait y avoir que l’essence de la pensée. Le passage à l’ordinateur permet le délaiement. Je n’écris jamais sur la première page d’un carnet, comme un tic. Et je dois toujours écrire avec les mêmes outils : un crayon à papier mais jamais rond, toujours hexagonal et des stylos à la mine assez épaisse. Je peux aussi utiliser les stylos que j’ai non loin de moi mais la sensation est différente. L’écriture manuscrite ou dans les carnets est sensorielle avant tout je crois.

Présidente de l’association des 68 premières fois, tu lis des dizaines de primo-romanciers chaque année, qu’aimes-tu découvrir chez eux ? 

Je n’ai pas encore totalement cerné ce que je cherche dans la littérature, dans ce besoin insatiable voire boulimique de lecture. J’ai des commencements de réponse de l’ordre de la consolation ou de l’électrochoc, mais des zones restent floues. Ouvrir un premier roman, c’est entrer en terre inconnue, c’est se dire que peut être ce livre là répondra aux questions essentielles. Il y a une promesse magnifique dans un premier roman, celui d’une nouvelle voix. Il y a une rencontre qui peut se faire, se dire que, même pour une seule phrase, quelqu’un vous a compris intimement. C’est grisant.

As-tu toi-même des projets de roman ?

Tout ce qui tourne autour de l’écriture a, je crois, à voir avec une autorisation que l’on se donne à soi même. Il y a l’autorisation que l’on se délivre d’oser écrire et il y a l’autorisation d’oser en parler. Je n’ai toujours pas réglé certaines questions… d’autorisation.

Quel est ton dernier coup de cœur littéraire ? 

Comme j’ai plusieurs carnets, je peux répondre plusieurs coups de cœur. J’ai lu cet été L’Homme qui rit de Victor Hugo, je dois avouer que je n’en suis pas encore sortie. C’est un livre tellement fou, dans sa colère, dans son ambition, dans ce qu’il dit de nous, des hommes et de la société, des liens qui sauvent et de la nature. Il contient tout. Je viens de lire Icebergs de Tanguy Viel aussi, une réflexion sur l’écriture. Ce livre est d’une intelligence rare, qui vous élève sans jamais vous écraser derrière l’érudition. Magnifique. Et parce qu’on n’allait pas se quitter sans des romans des 68 premières fois, des deuxièmes fois en réalité. Le coléreux et puissant roman de Caroline Laurent (Rivage de la colère, chez Les Escales) et le consolateur et ambitieux roman de Gabrielle Tuloup (Sauf que c’étaient des enfants, cez Philippe Rey). Deux incontournables de cette rentrée !

Si vous aussi vous êtes un amoureux des carnets, et que vous adorez les collectionner, l’Atelier d’Albion  est fait pour vous ! Vous trouverez d’ailleurs ci-dessous quelques carnets que Charlotte Milandri a déjà adopté (et on la remercie !), et que l’on peut voir sur sa photographie…