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©Myriam Thibault

Le choix du décor de son roman est parfois une question qu’on laisse un peu de côté. On choisit un lieu qu’on aime, mais est-ce bien cohérent avec les personnages mis en scène ? Certains des étudiants qui suivent mes ateliers d’écriture à la Sorbonne me posent souvent la question de l’importance du décor et de la création du Worldbuilding. Ils me demandent s’il faut tout construire à tout prix, voire s’ils ont le « droit » d’écrire sur une ville qu’ils n’ont jamais visitée. Je vais tenter de proposer en 10 points les axes les plus importants à travailler pour construire le décor de son roman.

1. Choisir un lieu en fonction de son histoire (et de ses personnages)

Certains conseils semblent enfoncer des portes ouvertes. Pourtant, il m’arrive très régulièrement de poser cette question aux participants de mes ateliers d’écriture : « Pourquoi avez-vous choisi ce décor ? » Quand il s’agit de textes intimes, le lieu choisi est souvent le lieu de l’événement. Néanmoins, quand il s’agit d’une fiction, la réponse à cette question est parfois plus compliquée. Ils expliquent qu’ils ont choisi cette ville, parce qu’ils la connaissent, qu’ils l’aiment, qu’ils avaient envie de la décrire et de l’intégrer au roman. Pourquoi pas, mais quel est le rapport avec cette histoire et ces personnages ? Quand vous choisissez un décor, ne le faites pas au hasard. Choisissez-le parce qu’il entre en écho avec vos personnages ou avec l’histoire.

2. Écrire sur une ville que l’on n’a jamais visitée

Ce ne doit jamais être un obstacle. Le propre de la fiction est aussi d’inventer. Combien d’écrivains ont inventé des numéros dans une rue qui existe réellement ? Combien d’écrivains ont inventé des villes pour les rendre universelles ? Il y a même des écrivains qui ont volontairement choisi d’écrire sur une ville qu’ils n’avaient jamais visitée. Comme Philippe Delerm dans New York New York : une ville rêvée. Aujourd’hui, il est tellement facile de se promener dans les villes grâce à Google Map et aux milliers de photographies que l’on peut trouver sur Internet. Soyez créatifs et osez décrire ces villes que vous ne connaissez que grâce à l’imaginaire collectif !

3. Le décor est lié au personnage

Quand vous décrivez un lieu, faites toujours en sorte que ce soit le personnage qui découvre le lieu. Ne vous lancez pas dans une description exhaustive d’une immense maison, surtout si nous ne mettons jamais les pieds dans la chambre d’amis du troisième étage ! Décrivez par étape, petit à petit, au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire. La découverte peut avoir lieu pour le lecteur en même temps que pour le personnage.

4. La forme de la liste

La notion de liste est très répandue en littérature. Pour autant, elle fonctionne toujours, surtout dans les descriptions. Elle nous permet de plonger dans l’intimité d’un personnage grâce à ses objets (lisez Les Choses de Georges Perec), et d’avoir des détails singuliers, parfois drôles ou émouvants. N’oubliez jamais que dans la liste, le cœur de votre travail se trouve dans l’émotion que vous transmettrez au lecteur.

5. Le lieu comme miroir du personnage

Dans la continuité des choses évocatrices, vous pouvez faire du lieu un miroir de votre personnage. Comment est son intérieur ? Est-il représentatif de sa personnalité ? Ou ne lui ressemble-t-il pas du tout, et cela provoque un paradoxe ? Dans les deux cas, le processus de description n’est pas simplement informatif, mais il révèle aussi une facette de votre personnage.

6. Que faut-il décrire ?

Souvent, dans les ateliers que j’anime à la Sorbonne, les étudiants me posent cette question : dois-je tout décrire ? La réponse est évidemment non. Tout comme il est inutile de remplir dans les moindres détails le physique de votre personnage dans une fiche, il est inutile de décrire les moindres recoins de toutes les pièces d’une maison. Néanmoins, si vous écrivez un roman où les trajectoires ont leur importance, n’hésitez pas à faire un plan…

7. Dessiner un plan

Inutile de savoir dessiner pour tracer le plan d’une ville ou d’une maison. L’essentiel se trouve dans votre narration. Pourquoi avez-vous besoin d’un plan ? Si les trajectoires de vos personnages ont une importance particulière, alors tracez-les pour les rendre crédibles. Dessinez les plans des maisons pour ne pas dire de bêtises quand vous écrirez. Comme le dit Umberto Eco :

Après la parution du Nom de la Rose, le premier cinéaste à me proposer de produire un film à partir de mon roman fut Marco Ferreri. Il me dit : “Votre livre semble conçu expressément pour qu’on en tire un scénario, car les dialogues ont exactement la bonne longueur.” D’abord, je n’ai pas compris pourquoi. Puis je me suis rappelé qu’avant de commencer à écrire, j’avais dessiné des centaines de labyrinthes et de plans d’abbayes, de sorte que je savais combien de temps il faudrait à deux personnages pour se rendre d’un lieu à un autre tout en conversant. Ainsi le plan de mon monde fictionnel avait-il dicté la longueur des dialogues.

8. Et le Worldbuilding, qu’est-ce que c’est ?

Essentiellement utilisé dans les genres de l’imaginaire, le Worldbuilding est une notion technique pour décrire la création d’un monde à part entière. Si vous écrivez un roman dans le genre de la fantasy, par exemple, il vous faudra sans doute déterminer l’univers, le fonctionnement du pouvoir en place, la technologie existante, tout comme le système magique (et les règles à respecter pour ne pas briser le pacte avec votre lecteur). Penser le monde n’est évidemment pas nécessaire dans ses moindres détails, néanmoins, il semble essentiel de poser les grands axes avant de vous lancer dans l’écriture du roman. Attention à une chose : votre monde n’est pas une histoire. Il ne sera pas suffisant pour écrire un roman.

9. “Je déteste écrire les lieux”

Vous avez le droit de ne pas décrire, de privilégier l’histoire, d’écrire des descriptions de deux ou trois lignes maximum pour nous dire où l’on se trouve. Vous avez aussi le droit de ne pas situer le lieu, de ne pas donner de nom de ville, de laisser un flou pour le rendre universel. Le lieu peut ne pas être important ni dans votre histoire ni dans votre narration. L’essentiel se trouve dans cette question : êtes-vous sûr de ne pas avoir besoin du lieu pour le bon déroulé de votre narration ? Si la réponse est oui, alors vous pouvez le passer sous silence. Si vous avez un doute, peut-être qu’il s’agit juste de votre peur (ou flemme) d’affronter ce point de travail du roman.

10. Le lieu, ce potentiel moteur de l’histoire

Dans votre roman, tout doit être imbriqué : les lieux, les personnages, l’histoire. Rien ne devrait être le fruit du hasard. Le lieu peut dire beaucoup de vos personnages comme nous l’avons évoqué au point 5. Il peut aussi devenir le miroir de votre histoire. Regardez l’importance de l’île dans le film Les Banshees d’Inisherin de Martin McDonagh, ou encore la force des descriptions qui semblent banales, alors qu’elles sont essentielles pour le déroulé de l’intrigue dans les romans de Georges Simenon ou Agatha Christie. Si j’avais un seul conseil : ne négligez jamais votre décor, il est le point de départ de l’atmosphère de votre roman.

Si vous souhaitez être accompagné dans la construction du décor ou des personnages de votre roman, plusieurs ateliers sont disponibles. Tous sont animés par Myriam Thibault, en ligne et en solo. Découvrez-les ci-dessous :