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Deux bandes dessinées récentes mettent à l’honneur la création. Coco, dans son Signé Coco, propose un florilège de ses dessins et des coulisses de certains d’entre eux. Quant à Renaud Roche et Laurent Hopman, ils continuent leur exploration du processus de création de Georges Lucas avec Star Wars. Deux bandes dessinées passionnantes.

L’œuvre échappe parfois à son créateur

Dans le deuxième volume des Guerres de Lucas, Roche et Hopman nous dévoilent cette époque où Georges Lucas décide de déléguer la réalisation de Star Wars. Mal lui en a pris. En l’espace de quelques mois, le planning prend du retard, des choix de création ne lui conviennent pas, des problèmes arrivent régulièrement sur les plateaux de tournage. Le créateur n’est pas là, et tout part en vrille. L’une des images marquantes de ce volume réside dans ce moment où Georges Lucas découvre le montage de son film. Il réalise alors que sa propre création est en train de lui échapper…

La réception aussi…

Dans Signé Coco, la dessinatrice explique comment en quelques années l’avalanche d’images a impacté la compréhension du dessin satirique. Autour de plusieurs exemples (dessins sur l’IVG aux USA ou encore sur les chasseurs français), elle décortique les conséquences de dessins dont la réception lui échappe. Quand une haine se déverse à l’encontre d’un dessinateur ou d’une rédaction, est-ce la responsabilité du dessinateur, de la rédaction ? Est-ce dû à une mauvaise compréhension du dessin ? À un message mal compris ? Dans tous les cas évoqués, Coco nous montre à quel point un dessin peut échapper et nuire à son créateur.

Que faire quand ce qu’on écrit nous échappe ?

Les deux cas sont à la fois proches et différents. Pour Coco, il s’agit d’une histoire de réception. L’auteur ou le dessinateur crée. Il dévoile son œuvre. Il y aura autant de réceptions que de lecteurs. La plupart du temps, la meilleure chose est de ne rien faire, et surtout d’accepter. Accepter que ce que l’on crée puisse être interprété de mille et une manières. Accepter aussi que le message que l’on voulait transmettre s’enraye en cours de route. Néanmoins, ne rien faire ne veut pas dire ne pas analyser. Si le message porte sur un sujet sensible, l’auteur aura forcément des détracteurs. C’est d’ailleurs ce que démontre Coco. Néanmoins, il arrive que l’auteur ait parfois besoin de remettre en question sa technique, sa manière d’exposer les faits pour viser mieux la fois d’après.

Quant à Georges Lucas, nous sommes plutôt dans un cas de figure où l’œuvre lui échappe, car il n’en est plus le maître. Déléguer une œuvre d’art n’est pas sans conséquences. Certains artistes plastiques, comme Takashi Murakami, travaillent avec des usines. Certains peintres avec des ateliers. Certains écrivains, comme Balzac, concevaient les idées et déléguaient l’écriture. Camilla Läckberg, autrice suédoise, est en train de construire une série de livres qui sortiront sous son nom, et dont elle aura conçu l’idée sans en avoir écrit une ligne. Quand on délègue, il faut assumer de donner une forme de liberté à celui qui crée. Sinon, on fait comme George Lucas, on arrête les frais et on reprend les rênes !

Références :

  • Signé Coco de Coco, Les Arènes, 352 pages, 28€
  • Les Guerres de Lucas – Episode II de Renaud Roche et Laurent Hopman, éditions Deman, 208 pages, 25,90 €

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