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Dans les carnets de David von Grafenberg / © Alex Mahieu

Dans les carnets de David von Grafenberg

Ecrivain et créateur du podcast Histoires de mode, David von Grafenberg nous fait le plaisir de nous ouvrir ses carnets. Solaire, poésie et délicatesse. Trois mots qui définissent l’écrivain, qui adore écrire le matin à la table de son café préféré, avec un pain au chocolat. Entretien.

Tu écris des romans, travailles dans la mode et tu viens de créer un nouveau podcast Histoires de mode, comment organises-tu toutes tes activités dans ton carnet ? 

J’ai appris une chose, qui m’est très précieuse : l’idée qu’on a en tête, tant qu’on ne l’a pas notée, revient frapper à la porte. Pendant très longtemps, j’ai eu une peur bleue de passer à côté d’une idée ou de phrases. Tu es sous ta douche, tu penses à une scène de ton livre, et soudain une phrase arrive. Tu traverses ton appartement, tu risques de te casser la figure, t’as le shampoing sur la tête, et tu tapotes sur la table pour trouver une feuille de papier toute trempée, sur laquelle tu vas écrire ta phrase géniale. J’ai fait ça pendant très longtemps avec des post-its, des enveloppes. Et j’ai souvent écrit sur des papiers de peu de valeur, parce que je me disais que sur des objets trop précieux, ça ne marcherait pas forcément. Jusqu’à ce que je finisse par comprendre qu’une idée, tant qu’on l’a, revient frapper à la porte, jusqu’à ce que ce soit le bon moment. À partir de là, je me suis détendu par rapport à l’organisation des carnets et l’obligation de tout noter. L’organisation n’est pas spontanée chez moi. Je préfère avoir un carnet unique, où je mets tout. J’y dessine des vêtements, j’écris des phrases, je pense à un sujet d’émission de radio, ou du podcast… Quand on a besoin de quelque chose, on le retrouve toujours. Même si au début, on pense que c’est sur une page de gauche, alors que c’est une page de droite. Mais bon an, mal an, on finit toujours par le retrouver.

Les carnets de David von Grafenberg / ©David von Grafenberg

Les carnets de David von Grafenberg / ©David von Grafenberg

Et que notes-tu dans ce carnet ?

À une époque, j’écrivais mon journal intime dans les carnets très chics de chez Smythson. Sinon, je note les idées, les numéros de téléphone, des phrases, une liste de choses à faire, quelqu’un à appeler… C’est une espèce de melting pot. Quand je le feuillette, je le trouve assez agréable. 

Qu’aimes-tu dans ce rapport au carnet ? Tu pourrais tout à fait noter toutes ces choses sur ton téléphone. 

Alors je ne suis pas du tout de la génération ordinateur. Moi, l’ordinateur s’est résumé aux cours d’EMT avec des vieux Toshiba. On faisait des programmations pour réaliser des petits carrés qui bougeaient, ce qui n’avait absolument aucun intérêt. J’ai commencé à me servir d’un traitement de texte quand j’ai fait mes collections de prêt-à-porter, autour de mes 23 ans. Donc je n’ai pas du tout ce réflexe de noter sur l’ordinateur. Si je veux bien écrire, il faut que je passe par le stylo. Et j’adore avoir un carnet pour le petit côté inspecteur, que je trouva assez charmant. Tu arrives quelque part, on te donne une information, et tu dis : « Attendez un instant ». Tu sors ton carnet, ton crayon et tu notes. 

En ce qui concerne tes romans, tu les écris aussi intégralement sur tes carnets ? 

Il y a des bouts de roman, oui. Le plus souvent, je les écris sur des feuilles volantes, mais il y a des passages entiers sur carnet. Je peux écrire des petites histoires, anecdotiques, que je note juste pour moi, et qui finiront peut-être par devenir un roman. Madame de X a en partie été écrit dans un carnet, comme ça, en rêvassant à une histoire qui me plaisait, avant d’être retravaillé pour un roman. 

Dans ta pratique de l’écriture, as-tu des rituels ?

J’ai un rituel très organisé : j’écris tous les matins au café en prenant mon petit déjeuner. On me garde la même table, avec un pain au chocolat. 

C’est très ritualisé, en effet. Et pour en venir à ton actualité, peux-tu nous parler de la création de ton podcast Histoires de mode ?

Pour rendre à César ce qui appartient à César, c’est une idée de Marie Robert (notre interview « Dans les carnets de Marie Robert », à retrouver par ici). Un jour, elle m’envoie un message en me disant : « Je crains que ce ne soit la fin, je suis enfermée dans un dressing, je ne sais pas si nous en sortirons, mais il faut que tu crées un podcast autour de la mode. » Finalement, Marie est sortie de son dressing, sans jamais nous dire ce qu’il s’y était passé. En revanche, elle a insisté par la suite pour me dire que c’était une idée très sérieuse. J’étais réticent au début. Je ne voyais pas comment le faire… La mode fait partie de notre quotidien, s’il n’y a pas un roman derrière, c’est de la sape. Et ça n’a pas de valeur. Quand tu achètes un pull Saint Laurent ou Agnès B., ce sont des marques qui te racontent une histoire. Elles sont associées à telle femme, à tel créateur, à tel courant de pensée… Si tu achètes un sac chez Courrèges, ce n’est pas la même chose que si tu achètes un sac chez Chanel, ni même chez H&M ou Zara. Ton sac Courrèges a une valeur. Il correspond a une vision dynamique des choses, enthousiaste, joyeuse, sportive. Tandis que ton sac H&M, c’est cool, c’est sympa, mais très vite, on s’en lasse. On le jette dans un coin, et on n’y prêtera plus attention. La mode est un langage universel. Et je trouvais intéressant de l’aborder sous ce prisme  : sous l’aspect historique, sans être rébarbatif, mais avec un aspect plus personnel et romanesque. C’est un vrai bonheur à faire. 

Pour terminer, peux-tu nous parler du livre qui t’a donné envie d’écrire ? 

J’ai commencé à lire, vers mes 18 ans. Ce sont les livres Bonjour tristesse de Françoise Sagan, Moins que zéro de Bret Easton Ellis, et un livre de Patrick Modiano. Mais ne me demande pas lequel…

Tu ne te souviens plus du Modiano ?

Non… Mais je trouve que ça lui correspond bien. Il te parle toujours de quelqu’un dont il n’est pas tout à fait sûr, qui était dans un endroit mais tu ne sais pas exactement lequel, à une époque plutôt vague… Modiano, Sagan, Easton Ellis, une trinité un peu disparate.

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