Dans les carnets de Marie Robert

Dans les carnets de Marie Robert

Cette semaine, le Journal d’Albion vous propose d’entrer dans les carnets de l’écrivain Marie Robert, également directrice de deux écoles Montessori à Paris et à Marseille. Son dernier livre, Descartes pour les jours de doute, est paru chez Flammarion. Aujourd’hui, elle nous parle de ses carnets qu’elle emmène partout dans son sac, de l’utilisation du carnet comme annexe cérébrale et de l’organisation de son temps au quotidien. 

Comment utilises-tu tes carnets ? 

Vraiment, je ne crois pas qu’il y ait une seule journée où je n’utilise pas des carnets. Et je dis bien « des » carnets. J’ai toujours un carnet à côté de mon ordinateur, qui est une sorte de bloc-notes. J’ai besoin d’écrire, de mémoriser. Même si je vais retenir l’information, j’ai besoin  de l’avoir écrit à un moment pour l’imprégner dans mon cerveau. Il y a donc le carnet des choses à penser, qui est une annexe cérébrale.  Ensuite, j’ai le carnet d’écriture. Je suis en train d’écrire mon troisième livre, qui va s’appeler Le Voyage de Pénélope. Pour penser la structure, mon carnet d’écriture est découpé, avec un certain nombre de feuilles pour chaque chapitre. Comme ça, quand les idées me viennent, je note. On n’est plus dans un carnet « annexe cérébrale », mais dans un carnet de travail. Pour chacun de mes livres, j’ai un ou plusieurs carnets, que je numérote. Ensuite, j’ai le carnet d’inspiration, où je note des citations, des extraits de textes, des choses qui me viennent, des idées de sujets à traiter sur mon compte Instagram sous forme de posts… C’est le carnet poétique. Je ne suis pas dans une recherche de travail, mais dans un carnet d’idées. Enfin, j’ai un autre carnet à pages blanches, petit, un peu épais pour faire des croquis. 

Depuis quand écris-tu sur des carnets ?

J’ai tout le temps eu des carnets, depuis le lycée. J’ai toujours fonctionné avec au moins quatre carnets. J’ajoutais même des carnets spécifiques à chacun de mes cours. À la fac, je prenais beaucoup mes cours sur ordinateur, mais j’avais toujours en plus, matière par matière, un carnet de travail. J’ai toujours besoin d’avoir un carnet par champ d’activité. 

Les carnets de Marie Robert
Les carnets de Marie Robert / ©Myriam Thibault
Tu les emmènes partout avec toi ou certains restent chez toi ?

Par exemple, dans mon sac, qui ressemble à celui de Mary Poppins [Marie Robert ouvre son sac, où l’on trouve plein de pochettes, et dans chacune d’elles, on peut y trouver un carnet – NDA], on a mon carnet de travail, mon carnet d’inspiration, mon carnet bloc-notes… Alors, je ne te l’ai pas dit tout à l’heure, mais il y a aussi le carnet chantier ! (Rires) Il est vieux, un peu gondolé, il a pris l’eau, on ne sait pas pour quelle raison, puisque je n’ai pas de baignoire… Dans ce carnet, il y a des relevés bancaires, des choses énigmatiques, des bouts de numéros de téléphone ou de comptes, des cartes de visite… Mais très utile quand on a une information que l’on veut noter, mais dont on ne sait pas quoi faire ! Ces carnets sont extrêmement précieux pour moi. Ils sont des annexes mentales, et agrandissent notre espace de pensée. 

As-tu des rituels d’écriture pour tes livres ?

Je travaille beaucoup, et j’ai plusieurs activités. J’ai une bonne capacité de concentration, et j’écris plutôt avec facilité. Je n’ai pas besoin d’un cadre silencieux. J’adore écrire dans les cafés, par exemple. Mais je me suis rendu compte que pour ce nouveau livre, un roman philosophique, j’avais besoin de plages d’écriture beaucoup plus longues. Moi qui suis vraiment une personne du matin, je fais mon sport, mon petit déjeuner, je réponds à mes mails et je m’y mets. J’essaye de me réserver au minimum un jour entier par semaine pour écrire et être dans de longues plages. Avec une heure par-ci, par-là, je peux écrire un article, des jobs éditoriaux, mais pour l’écriture, j’aime que le temps s’écoule. Les carnets permettent de noter sans se restreindre. Dans un carnet, il n’y a pas de temporalité précise. Il y a cette idée de temps qui s’étire. Pour l’écriture, je me réserve. Il faut se discipliner. Dans les conseils qu’on pourrait donner, si on a envie d’écrire quoi que ce soit, une nouvelle, un essai, un roman, oui, ça demande une discipline. Et cette discipline est de savoir arrêter le monde. C’est parfois très compliqué. Quand on est dans des vies accélérées, avec des contraintes, des réalités financières et familiales, c’est difficile de se dire que ce n’est pas du temps perdu. Beaucoup de gens ont des désirs d’écriture, et n’y vont pas pour ces raisons. Si on est poussé par cette nécessité, il faut s’organiser et se ménager ce temps. 

Te donnes-tu d’autres contraires ?

Alors oui, boire environ deux litres de thé, et à peu près le même de café ! (Rires) 

Pour finir, quels sont les livres qui t’ont donné envie d’écrire ?

J’aime beaucoup les histoires. La fiction a été le sujet de ma thèse : « Pourquoi notre rapport au monde est un rapport au récit ? » C’est ce qui me passionne : notre manière d’habiter le monde est une manière de se raconter. Tout est récit. Au départ, je voulais être prof, c’était le moteur. Pour moi, c’est une évidence de lire et d’écrire. J’ai toujours lu. Ma maman m’a lu une histoire avant de me coucher jusqu’à ce que je sache lire. Les gens qui lisent n’écrivent pas toujours. Mais quand on lit beaucoup, il y a aussi cette habitude de mettre en récit ce qui nous arrive dans la journée. Ce fonctionnement devient une habitude. Le vécu a besoin d’être infusé par l’écriture. J’ai lu énormément de littérature russe, américaine. Mes premières émotions littéraires viennent de L’École des loisirs, avec entre autres Susie Morgenstern… Mon frère, Guillaume Robert, est éditeur. Mes parents lisent beaucoup. Donc j’ai été plongée dans les livres. Maman peut expliquer que si elle n’a pas un livre en cours, c’est comme si elle ne respirait pas… L’écriture est aussi venue sous forme de rituels dans des carnets. Puis avec Instagram où j’écris tous les matins un post. Ce n’est pas une leçon de philo, mais quelque chose qui me vient, une proposition, une forme de partage. 

Dernier livre paru en librairie : 

Descartes pour les jours de doute, chez Flammarion/Versilio 

Si vous aussi vous avez l’envie de vous mettre à écrire, rien de plus simple avec tous les carnets de l’Atelier d’Albion.

 

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