Dans les carnets de Laure Hinckel

Dans les carnets de Laure Hinckel

Ce lundi, on entre dans les carnets de la traductrice Laure Hinckel. Elle traduit la littérature roumaine vers le français, et nous dévoile aujourd’hui l’importance de ses carnets dans son travail. 

Quel rôle jouent vos carnets dans votre métier de traductrice ?

Avoir toujours un carnet à portée de stylo est une très ancienne habitude. Elle date de mon premier métier, celui de journaliste. J’en ai gardé notamment des réflexes d’organisation des notes de reportage (impressions visuelles, sonores, ou citations). Depuis que je traduis, j’utilise plutôt des cahiers, pour mon travail, généralement des cahiers d’écoliers que j’ai achetés en Roumanie, où ils s’appellent “Dictando” parce qu’ils sont lignés, alors que ceux à petits carreaux étaient nommés de “mathématiques”. Ils sont assez petits, peu épais, juste ce qu’il faut le temps de la traduction d’un livre. Ils contiennent des notes de traductions.

Vos carnets vous suivent-ils partout où vous allez ?

J’en ai impérativement un dans mon sac, à part peut-être quand je vais faire du sport. Depuis un certain temps, celui qui me suit est “le carnet debout”. Je l’ai appelé ainsi parce qu’il est très étroit pour sa hauteur. Je l’aime beaucoup. J’y note des micros-fictions, des idées pour plus tard.

Entretenez-vous un rapport particulier avec l’écriture manuscrite ?

Je ne sais pas s’il est particulier, mais je le ressens comme vrai. Il y a des choses que je ne peux écrire qu’à la main. J’écris au stylo plume ou alors au crayon à papier. Le Bic est une souffrance, pour la gauchère que je suis.

Les carnets de Laure Hinckel / ©Laure Hinckel
Sur votre site (laurehinckel.com), vous tenez un journal d’écriture, que vous avez nommé « Carnets ». Il est passionnant, car vous y évoquez votre travail de traduction. Comment vous est venue l’idée de le commencer ? 

Je me suis rendue compte après coup que j’avais dans un coin de ma tête les pages de Claro sur sa traduction de Jérusalem. Mais sur le moment, j’ai juste voulu révéler l’état de bégaiement et d’hésitation et de risque assumé vécu presque à chaque page de la traduction d’un chef-d’oeuvre (Solénoïde, de Mircea Cartarescu, éd. Noir sur Blanc). J’ai voulu aussi, et j’espère y être arrivée, rendre service à ce livre majeur — qui en réalité est plus que majeur par rapport à nous qui sommes des adolescents : il a trois ou quatre générations d’avance. 

Et pour finir, pouvez-vous nous parler d’un livre qui vous a donné envie de faire de la traduction votre métier ?

Il n’y a pas un livre en particulier, mais tous les livres lus. Et en particulier, bien évidemment, la littérature étrangère. Ces lectures faites en quelque sorte de biais, dans la tranche des oeuvres, révèlent quelque chose de l’intervalle, de l’écart qui existe entre un quelque chose d’inconnu, qui rend curieux, et un texte en français, qui interroge. Je chérissais, quand j’étais petite, un livre de la bibliothèque bleue, je crois, qui s’appelait Maroussia. J’étais émue par l’histoire et plongée dans la perplexité au sujet du monde évoqué. Et sans avoir la moindre idée sur le pays, l’alphabet, sans aucune idée savante en tête, je sentais qu’il y avait des choses en plus, quelque part… Cet intervalle dont j’avais l’intuition, c’est peut-être ce qui, très longtemps après, m’a conduit à traduire.

Si vous souhaitez découvrir ses traductions, je vous conseille vivement Le Marchand de premières phrases Matéi Visniec, traduit du roumain par Laure Hinckel, et qui est un livre incroyable.

Pour emmener à votre tour un carnet partout avec vous, voici une petite sélection :