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©Ed Alcock

Dans les carnets de Sandrine Sénès

Aujourd’hui, on entre dans les carnets de Sandrine Sénès. Humoriste, autrice pour la télévision et comédienne, elle vient de publier un recueil de chroniques pleines d’humour sur l’amour et les couples : J’ai hâte d’être à demain, publié aux éditions de L’Iconoclaste. Sandrine Sénès nous ouvre les pages de ses carnets et de ses multiples écritures. 

Pourquoi écrire dans des carnets ?

Les carnets sont très rassurants. Je n’écris pas tout dans les carnets, mais si je n’en ai pas un dans le sac, j’ai l’impression qu’il me manque l’essentiel, que je vais passer à côté d’un truc dingue. Dans un carnet qui au départ est acheté pour écrire des trucs liés à un projet, une idée de livre, un sketch, finalement j’écris tout, liste des courses, numéros de téléphone, identifiants quelconque… Le carnet a quelque chose de magique. Étrangement, une idée écrite dans un carnet reste en tête, même si on ne consulte pas le carnet. Une idée, transposée nulle part, s’évapore alors même qu’on la croyait tenace. 

Emmenez-vous vos carnets partout avec vous ?

J’en ai toujours un sur moi, donc il va partout, c’est moi qui ne vais pas très loin. Ils ont été capital quand j’ai écrit Je regarde passer les chauves, puisque je l’ai écrit en direct dans le métro et dans toutes les positions pour vite finir une phrase. C’était ma contrainte, que le texte soit quasi bouclé dans le métro. Pour J’ai hâte d’être à demain, j’ai un peu moins écrit dans carnets et quand je l’ai fait c’était plus pour consigner des débuts de textes, des idées, des thèmes, et ce que je pouvais observer des couples quand j’en avais choisi un pour cible.

Vous êtes comédienne, autrice de séries pour la télévision et avez également écrit vos « seule en scène ». Vous écrivez donc depuis longtemps. Comment s’organisent toutes ces écritures dans vos carnets ? 

En organisation anarchique. Une sorte de pêle-mêle où se côtoient des phrases sans aucune logique, puisqu’il peut s’agir d’une idée pour une série ou pour un projet personnel. Et puis il y a des phrases que je n’arrive plus à comprendre, qui devaient avoir un intérêt sur le moment et qui ne veulent rien dire. Je peux rester là à essayer de la décrypter, mais c’est peine perdu. Mais les intentions de départ sont toujours bonnes, je veux toujours bien ranger les choses avec le carnet tout neuf. Et dix minutes après, c’est l’anarchie. On est bordélique ou on l’est pas, je dois l’être.

Et comment avez-vous eu l’idée de ce recueil de chroniques pleines d’humour ?

Le sujet, l’amour, les couples, les non-dits, la solitude, est venu un soir de discussion avec une de mes amies très proches. L’humour, j’imagine, que je ne peux pas faire autrement, c’est mon fond de commerce. M’appesantir, en règle générale, est quelque chose qui me dérange. Les trucs qui plombent et qui mettent mal à l’aise aussi, surtout quand on parle de soi. Je veux bien être égocentrique, mais avec légèreté. Manquerait plus qu’un objet qui pourrait devenir public (c’est toujours un risque) soit empreint de premier degré plombant. L’humour est vraiment la seule chose derrière laquelle on peut se cacher pour pleurer.

Les carnets de Sandrine Sénès / ©Sandrine Sénès
Avez-vous des rituels d’écriture ?

J’écris le matin et pas très longtemps. Je suis une grosse fainéante et j’ai tellement peur de ne pas y arriver que je préfère arrêter avant que cela n’arrive. Je ne force pas, je laisse couler ce qui vient quand c’est limpide. Quand ça tiraille, j’arrête ou je marche. Jusqu’à présent, j’ai toujours voulu, qu’une fois l’ordi fermé, le texte soit terminé et qu’il me convienne ainsi pour faire le moins de retouches possible. J’imagine que cela vient de l’écriture télé où il faut faire de son mieux et très vite. Depuis que je me sens entourée, c’est très récent, avec la maison d’édition l’Iconoclaste, je suis plus décontractée, plus désinvolte. J’ai bien avancé sur un nouveau livre, et je ne me mets plus la pression pour que ce soit tiré au cordeau. Je me dis qu’avec mon éditrice, Sylvie Gracia (si elle veut encore de moi), on créera l’harmonie ensemble.

Pour finir, pouvez-vous nous parler des livres qui vous ont donné envie d’écrire ?

Il y en a plusieurs. D’abord, Parfois je ris tout seul de Jean-Paul Dubois, qui sont de brèves chroniques, un bijou, une piqûre dont on se souvient pour toujours. Puis tous les autres livres de Jean-Paul Dubois. Où on va papa de Jean-Louis Fournier, Veuf, Il a jamais tué personne mon papa, et beaucoup d’autres. Et puis C’est ici que l’on se quitte de Jonathan Tropper. Ces auteurs ont un humour piquant, décalé, digne, courageux, classe, distancé. Et puis, dans un tout autre registre, il y a le Journal d’Anne Frank. Il m’a marqué, comme des tonnes d’autres personnes. Je l’ai lu très jeune, et il est tatoué à jamais en moi. La force, la résilience de cette gamine qui trouve le courage d’écrire, sachant l’effort que ça demande, dans la pire des situations qu’on peut imaginer. Je pense à elle souvent.

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