You are currently viewing Bibliothèque d’Albion : Frantumaglia d’Elena Ferrante

Ce mois-ci, la bibliothèque d’Albion vous conseille la lecture de l’essai Frantumaglia d’Elena Ferrante. Écrivaine connue pour son succès de librairie L’Amie prodigieuse, elle se dévoile dans ce recueil d’entretiens et de lettres.

Anonymat

Évidemment, l’un des thèmes récurrents de ce recueil est l’anonymat. Dans les lettres et surtout dans les entretiens, la question revient toujours. Qui est donc Elena Ferrante ? S’enclenche alors une véritable réflexion autour de la question de l’auteur. Doit-on nécessairement connaître son auteur pour apprécier un roman ? Pour l’autrice, la réponse est non. Elle aime cet anonymat et surtout le défend. Il lui permet une créativité totale et une absence de potentielle censure. Et surtout, elle revendique cette idée qu’un roman devrait se suffire à lui-même, que l’auteur ne devrait même pas avoir besoin de parler, alors encore moins de se montrer. La littérature devrait se contenter des mots. Elle en veut pour preuve : ses livres se vendent à des millions d’exemplaires, et ce n’est pas le mystère de son anonymat qui l’a lancée, mais bien ses histoires.

Le travail de l’écriture

Dans ce recueil, vous trouverez également une myriade de lettres entre Elena Ferrante et ses éditeurs. Elle y parle de son travail quotidien, des sujets qu’elle traite dans ses romans, mais aussi de son processus d’écriture. L’une des lettres les plus marquantes date de 1998. Elle évoque l’écriture d’un roman et écrit : “Quand ce sera fait, je te dirai en tout sincérité s’il est possible de lire ce texte ou pas, s’il est publiable ou s’il faut l’ajouter à la liste de mes exercices d’écriture. Dans ce dernier cas, je regretterais de t’avoir déçue une nouvelle fois. Du reste, je crois que le temps de l’écriture n’est jamais gâché quand on aime écrire. Et puis, n’est-ce pas de livre en livre qu’on s’approche de l’ouvrage qu’on entend vraiment écrire ?” Dans ces quelques lignes, Elena Ferrante parle évidemment du plaisir de l’écriture qui ne compte pas. Mais elle parle surtout de l’écriture d’un roman comme d’un exercice. Et je crois profondément en la force de cette lucidité. Un roman n’est qu’une étape. C’est en terminant un texte que l’auteur pourra se rendre compte des écueils qu’il répète, de sa marge de progression, de ce qu’il a compris au fil du temps sur la construction, et de ce qui lui reste encore à apprendre. Pourquoi un manuscrit fonctionne et pourquoi pas un autre ? Il y a évidemment une part de subjectivité, mais il existe aussi toute cette part de technique qui ne peut s’améliorer que par l’acceptation qu’un roman ne puisse être qu’un exercice pour réussir le roman suivant.

Référence :

  • Frantumaglia – L’écriture et ma vie d’Elena Ferrante, éditions Folio, 496 pages, 9€50.

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