Ce mois-ci, la bibliothèque d’Albion vous conseille la lecture de l’essai Je suis un auteur jeunesse de Christian Grenier. Dans cet essai, l’écrivain revient sur son parcours et sur les coulisses d’une vie d’écriture pour la jeunesse. Il tente de répondre à cette question si complexe : « Qu’est-ce qui caractérise un texte pour la jeunesse ? »
Les premiers écueils
Ce livre est d’abord une plongée dans la vie d’écriture de Christian Grenier. Il revient sur ses débuts difficiles (comme tous les primo-romanciers) et sur son apprentissage du métier d’écrire. L’écriture demande de la patience, mais aussi et surtout beaucoup de travail et de réécriture. Un peu comme Haruki Murakami et sa métaphore du « coureur de fond » (cf. notre article sur le sport comme métaphore de l’écriture), Christian Grenier explique :
« Les premiers temps, j’écrivais une demi-page par jour. Un mois plus tard, je tapais mes dix pages quotidiennes puis je passai au rythme de dix pages à l’heure. Chaque soir, en rentrant, Annette me demandait la suite de ce récit qui avait des allures de roman-feuilleton. »
Le rythme de l’écriture se forme de jour en jour. Plus l’on se force à produire et plus l’écriture devient simple et fluide. Néanmoins, produire beaucoup peut parfois mener à écrire sans réflexion. Écrire, c’est aussi construire. Et quelques pages plus loin, il met en avant un autre écueil de ses écrits de jeunesse : l’écriture du dialogue sans objectif clair. Il donne pour exemple un échange avec une éditrice qui avait relevé des longueurs dans les dialogues :
« — J’ai relevé beaucoup de longueurs. Par exemple, vous abusez des dialogues. Oh, c’est très vivant, les dialogues…
Elle avait raison, mes dialogues servaient surtout à aérer le texte : moi-même, n’étais-je pas enclin à lire plus facilement un récit truffé de dialogueS ? Un réflexe hérité du théâtre, sans doute.
— …mais ils doivent faire avancer l’action. Vous devriez aussi enlever quelques descriptions. Notamment vos couchers de soleil. J’en ai relevé une quinzaine. Ils lasseront le lecteur. Chassez les redites. Choisissez le mot juste. On sent que vous avez écrit cette histoire dans l’enthousiasme mais avec trop de hâte. Eh bien voilà.
Elle se leva, me rendit mon manuscrit et conclut :
— Quand vous aurez une version propre et courte de l’a première partie, apportez-la-moi. Si elle convient, je serai ravie de vous publier. »
Cette éditrice dont il parle est Tatiana Rageot. Elle est devenue sa première éditrice. Grâce à cette anecdote, Christian Grenier montre une chose importante : trouver un éditeur se fait grâce au travail. L’éditeur détecte une force, un potentiel dans un texte. À l’auteur de se remettre au travail.
Quels critères pour la littérature jeunesse ?
Dans une autre partie de son essai, Christian Grenier tente de définir ce qui caractérise un texte pour la jeunesse. Il se pose la question des thèmes ou des genres, mais aussi de la longueur en cassant ce préjugé du livre « trop long ». Pour lui, il n’y a qu’un seul véritable argument : que le lecteur soit captivé et qu’il ne s’ennuie pas, peu importe la longueur. Il évoque aussi les questions du vocabulaire, de la complexité et de la longueur des phrases. Il déroute en évoquant le temps, et le fait que le présent ne soit pas le temps naturel de la narration :
« Avant de raconter les aventures de leurs héros, ils affirmaient que leur histoire était vraie, sans doute pour rendre l’auditoire ou le lecteur plus attentif. Puisque les faits était censés s’être produits, les relater au passé s’imposait. Voilà pourquoi le temps naturel de la narration a toujours été le passé. Le présent est une acrobatie qui jongle avec la vraisemblance, surtout quand le récit est écrit à la première personne : comment le narrateur peut-il rédiger une histoire à laquelle, comme il voudrait nous le faire croire, il est justement en train d’assister ou de participer ? »
Christian Grenier continue de définir les caractéristiques du roman jeunesse : il s’emporte contre les verbes de paroles, parle de l’importance de l’incipit et de son dynamisme. Les premières pages doivent nous faire entrer pleinement dans l’histoire. Chaque critère est développé et défendu par l’écrivain, avec exemples à l’appui. Ce livre est une véritable mine d’or pour les apprentis auteurs qui souhaiteraient se spécialiser dans la littérature jeunesse. Un livre à découvrir et à annoter, comme un guide.
Référence : Je suis un auteur jeunesse de Christian Grenier, éditions Rageot, 18,30€
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