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Gwenaëlle Abolivier sur le chemin des Cévennes / ©Thierry Delaunay

Dans les carnets de Gwenaëlle Abolivier

Pour débuter cette nouvelle année d’interviews, nous entrons dans les carnets de Gwenaëlle Abolivier. Ecrivaine et journaliste, elle nous entraîne dans le bonheur du carnet de voyage, et dans la réflexion autour du lien passionnant entre marche et écriture. Son dernier roman, Marche en plein ciel, vient de paraître aux éditions Le Mot et le Reste. Entretien.

À la fois écrivaine et journaliste, comment utilisez-vous vos carnets au quotidien entre vos deux activités ?

Tout s’entremêle. Après vingt ans à France Inter de manière assidue et quotidienne, je me suis désormais tournée vers l’écriture littéraire. Cependant, je continue mon activité journalistique pour des revues ou la radio suisse (RTS). J’ai gardé mes carnets de reportage de l’époque où je racontais et notais mes impressions. Pendant près de vingt ans, je suis partie à l’étranger, toujours un carnet avec moi. J’entreprends d’ailleurs d’en utiliser certains pour des écrits littéraires à venir. En fait, c’est une base d’archives pour la suite. Aujourd’hui, et depuis une dizaine d’années, quand je pars en voyage en France et à l’étranger, je tiens des carnets plus personnels que j’alimente, à base de collages, de dessins, d’aquarelles, d’écrits. Depuis dix ans environ, quand je pars en voyage, je complète un carnet italien (format paysage) dans son intégralité.

Qu’aimez-vous dans ce rapport à l’écriture manuscrite ? 

Chaque jour, je retiens des éléments du voyage ce qui me permet de me poser au cours de ma découverte, de fixer des éléments, de mieux regarder un endroit, de mieux écouter et saisir des paroles. L’écriture apparaît toujours assez clairement au milieu d’un motif plus créatif. Quand je mêle des coupures de presse, des tickets divers, des croquis, des papiers glanés ici ou là : l’écriture surgit en contrepoint. Tout cela forme des petits tableaux de voyage. Le carnet de voyage est devenue pour moi une façon de voyager et de vivre.

Les carnets de Gwenaëlle Abolivier
Les carnets de Gwenaëlle Abolivier / ©Gwenaëlle Abolivier
Comment avez-vous utilisé ces carnets dans votre marche dans les Cévennes, qui a donné lieu à votre nouveau livre Marche en plein ciel 

Pour les Cévennes, je voulais écrire à partir du paysage et d’une expérience de terrain. Je suis partie avec un carnet tout léger où je me suis tenue exclusivement à l’écriture. J’ai dû en acheter un autre au cours du chemin dans une petite épicerie de village. Ce sont des petits carnets d’écolier (genre cahier brouillon en papier recyclé) que je roule dans ma poche avec un stylo et que je peux sortir à tout moment.  Marche en plein ciel est une retranscription d’écriture sur le paysage et de scènes que j’ai saisies sur le motif, dans l’improvisation de la marche. Bien sûr, il y a eu une deuxième phase d’écriture, au bureau et à l’ordinateur.

Dans plusieurs passages, vous évoquez le rapport entre l’écriture et la marche. 

En vivant cette expérience, j’ai découvert à quel point la marche pouvait insuffler l’écriture. Cela crée une dynamique, une énergie : on décoche des mots, des phrases comme des flèches. Marcher éclaircit et accélère la pensée. Certaines idées surgissent comme d’un rêve, il faut les saisir avant qu’elles ne disparaissent. Le carnet me permettait d’écrire en marchant. Je suis convaincue désormais que le fait d’être en mouvement provoque l’écriture. Nietzsche le dit « il faut marcher pour penser … » 

Vous écrivez des romans depuis plusieurs années maintenant, comment est venue cette envie d’écrire ? 

J’écris plutôt des récits, j’ai commencé en étant reporter, et j’ai toujours été très attachée à la réalité, à la documentation et à la recherche d’information. Avant Marche en plein ciel, j’ai écrit Vertige du Transsibérien, où je raconte mon grand voyage entre Moscou et Pékin, pendant plus d’un mois. J’ai écrit ce récit à partir d’une série radiophonique, qui a fait l’objet de dix heures d’émissions. Ensuite, j’ai écrit Tu m’avais dit Ouessant, où je suis partie vivre trois mois dans un sémaphore, en hiver, sur une île. À la radio, à l’époque, quand je partais faire ces grands voyages, j’avais la nécessité d’écrire pour moi. J’ai également animé une émission sur le carnet de voyage à la radio, qui s’appelait « Carnet de voyageur », ainsi que des émissions à partir de la littérature de voyage. 

Pour terminer, quel est votre livre de chevet ? 

Un livre évident lorsque l’on parle du voyage : L’Usage du monde de Nicolas Bouvier. 

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