Dans les coulisses de l’écriture de Cyril Massarotto
Cyril Massarotto / ©Guilaine Massarotto

Dans les coulisses de l’écriture de Cyril Massarotto

Cette semaine, le Journal d’Albion fait une exception. Nous entrons, non pas dans les carnets, mais dans les coulisses de l’écriture de Cyril Massarotto. Ecrivain qui a fait de l’écriture son métier, il nous raconte aujourd’hui son parcours et ses rituels d’écriture. Son dernier roman, Les Dédicaces, est paru à la rentrée littéraire 2020 chez Flammarion. Entretien. 

Que trouve-t-on dans ton bureau ?

Je n’ai pas de bureau, j’écris dans mon salon, la nuit. À partir de minuit, le salon se transforme en bureau de grande taille. J’écris sur ma table à manger, et je n’ai quasiment rien, hormis l’ordinateur, mes câbles, et une feuille avec un petit cœur dessiné par ma fille.

As-tu des rituels d’écriture ?

Écrire à minuit, en silence évidemment. J’allais te dire que je n’ai pas de rituels, mais en fait, c’est assez drôle, puisque depuis que j’écris des scénarios j’ai moi-même consciemment instauré une différenciation. Quand j’écris un roman, c’est le silence absolu. Quand j’écris un scénario, je mets mon casque et j’écoute de la musique. Je me rends compte que c’est vraiment symbolique, puisque je suis incapable de dire ce que j’ai écouté une fois que ma session d’écriture est terminée. C’est de la musique décorative… 

À quand remontent tes premiers textes ?

J’aurais du mal à le dire. Quand je m’ennuyais à la fac, j’ai écrit quelques pages sur mon carnet de notes, mais on était la limite de l’acte inconscient. Mes premiers écrits conscients sont mes premiers manuscrits, donc Dieu est un pote à moi. Quand j’ai sorti ce roman, un ami du lycée que je n’avais pas revu depuis longtemps, m’a envoyé un mail pour me féliciter, et m’a dit : « Ça ne m’étonne pas. Quand on était au lycée, tu t’amusais tout le temps avec un copain à écrire des textes pour nous faire rire. » Mais je ne m’en souviens absolument pas ! Parfois, les gens nous prêtent des choses qui ne sont pas avérées, mais là, j’ai tendance à le croire…

Comment et quand as-tu su que tu ferais de l’écriture ton métier ?

Ce sont les circonstances qui m’ont amené à me dire très rapidement après avoir écrit, qu’il faudrait que j’en fasse mon métier. Je n’avais jamais pensé être écrivain, je n’avais pas ce fantasme, j’ai lu très tard avant de devenir un vrai lecteur, vers 25 ans. Je n’avais pas du tout ça en tête. Quand XO m’a contacté pour Dieu est un pote à moi, je me suis dit : « Tiens, peut-être que je pourrais en faire mon métier. » J’étais directeur d’école, et j’ai voulu me mettre à mi-temps, puisque l’à-valoir me le permettait pour une année, ce qui m’aurait permis de bien préparer mon second roman. Sauf que l’éducation nationale ne me l’a pas autorisé, il fallait que je change de poste, donc je me suis mis en dispo pendant un an. Et finalement, puisque les romans ont bien marché, je n’ai jamais repris… Il y avait donc une volonté de bien faire, et un concours de circonstances.

Écrire est-il un plaisir ?

Oui, Dieu merci ! Je n’accorde aucune validité aux propos de ceux qui disent qu’écrire est une souffrance de chaque instant, que c’est vraiment très dur, que ça équivaut à s’ouvrir les tripes. Tout ça, pour moi, c’est de la posture. Si on écrit, c’est parce que d’une manière ou d’une autre, ça nous fait du bien. Soit parce qu’on en a besoin, soit parce qu’on en a envie. Le mieux, c’est les deux. Pour moi, clairement, écrire est un plaisir. Je me suis imposé depuis toujours ce rythme d’écrire à minuit, donc dès que les quatre zéros s’affichent sur mon horloge, je vais à mon ordi. Parfois, je suis au milieu d’un épisode d’une série, d’un chapitre de livre, et j’ai un peu la flemme, mais à la première minute où je commence à écrire le premier mot, c’est terminé, je suis dedans. Il n’y a rien de plus naturel et de plus plaisant. Le vrai moment de plaisir, c’est quand j’écris ma dernière phrase. Quand je sais que mon premier jet est terminé, c’est un grand moment de joie. 

Quel est le livre qui t’a donné envie d’écrire ?

Je ne crois pas qu’il y ait un livre qui m’ait donné envie d’écrire. J’écrivais des paroles de chansons depuis des années, donc je connaissais l’exercice de l’écriture. Ce serait plutôt une idée qui m’a donné envie d’écrire qu’un livre. Toutefois, si je devais donner le livre qui m’a fait prendre conscience que la littérature est quelque chose de grand, qui englobe tout, je dirais Voyage au bout de la nuit de Céline. C’est mon premier choc de lecteur conscient de la littérature. Et mon premier choc littéraire d’adolescent, c’est L’Étranger d’Albert Camus, le seul livre obligatoire que j’ai lu avec plaisir, et même deux fois. Un vrai choc esthétique.

Les Dédicaces de Cyril Massarotto, chez Flammarion / ©Myriam Thibault
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