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Lauréate du concours sur la lettre

Atelier n°3 : la lettre

Le 18 novembre dernier, nous vous proposions un concours lors de notre atelier d’écriture sur le thème de la lettre. Un grand bravo à Camille Plaisance, la lauréate du concours, qui a écrit cette très belle et délicate lettre :

Sarah, 

Je suis à l’emplacement exact où le ciel rencontre la mer : tu te souviens ? Ce rocher qui avait abrité ces mots, à peine audibles avec le vent, que tu m’avais dit. Ce pourrait être n’importe où mais c’est bien sur cette terre normande, un peu rêche, où le vent vous retourne le cœur et vous assèche les yeux. Je suis là. Je suis là à attendre un signe des étoiles. Et rien ! Alors comme je suis consciencieuse, je tiens la carte du ciel, à deux mains, très fort contre moi pour conjurer le sort. J’aurais voulu retrouver ces débris de ma mémoire qui filaient comme des perséides.
J’avance un peu à l’aveugle. À gauche, la constellation de Castor et Pollux :  je suis donc bien sur le bon chemin. De ma poche dépassent ces lettres manuscrites, ces pages griffonnées et chiffonnées que tu ne liras jamais. J’espère que tu n’ouvriras pas la boîte bleue que j’avais laissée cachée au fond de l’armoire, avant que je ne sois revenue. Elle contient… Et puis non, je préfère te laisser la surprise de le découvrir. Sur la carte, mon chemin tracé à travers les constellations dessine un S bien sûr mais je ne le suis pas. J’ai toujours aimé me perdre, et ce matin de Septembre, je me perds avec toi. Un peu plus loin, je passe derrière Cassiopée qui, de son nom délicat, me caresse l’épaule et vient loger son W au creux de mes hanches. Relier les étoiles une à une pour retrouver mon chemin ne sert à rien. Il me faut relier le corps à l’invisible, l’impalpable, l’inextricable. Je veux bien continuer d’avancer mais c’est déjà le petit matin et je crains que l’on me voit errer les yeux plantés dans des étoiles invisibles pour suivre ma route. Il faudra être patiente. Et alors dans un souffle, à mon arrivée, je n’aurai qu’une obsession : rendre le rêve possible. 
J’espère que j’arriverai avant cette lettre pour te dire enfin les mots qui n’existent pas encore.

Sincèrement à toi encore et toujours, 
C.

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